lundi 10 janvier 2011

Le rêve des mutants dans un caisson hyperbare


Les gens ont fui dans une réalité virtuelle la désertification de la planète Terre. L’illusion informatique offre le paradis banal de lumineuses îles du Pacifique. Si le monde n’est pas réel, les corps de ses habitants, eux, le sont. Des granules de réel enkystés dans le fantasme. Les derniers à parcourir le monde réel exploitent ses ressources minières. Ils ne cherchent pas des métaux ou des hydrocarbures, mais une substance ésotérique. Ce sont des aventuriers forts en gueule, qui vivent dans un univers mécanique de tôles et de cambouis. Ils n’ont cependant pas de corps réels, ils pilotent leurs avatars depuis la réalité virtuelle. Yin et Yang numérique. Il fait nuit. Je visite une base. On a enfermé des mutants dans une sorte de grand caisson hyperbare. Je peux les distinguer au travers du hublot de la porte blindée. Une croissance anarchique a déformé leurs corps boursouflés. Je me demande s’il s’agit d’un effet de l’exposition prolongée à la substance ésotérique. Leur chef, un nain qui a la tête de Raimu, me demande par télépathie de les libérer, ce que je fais. En sortant du caisson ils perdent immédiatement leur substance, il n’en reste que des spectres fluorescents que je vois s’envoler dans le désert par-dessus les crêtes rocheuses. Désincarné moi-même, j’assiste plus tard à une invasion. Transportées par un escadron de camions 33 tonnes, des femmes en provenance du monde virtuel prennent d’assaut la base. Elles veulent faire l’amour. Un tir d’arme lourde pénètre la remorque d’un des camions. Les parois de la remorque tombent, révélant des personnes en train de jouer au billard.