dimanche 27 avril 2008

Le rêve de la bibliothèque d'Aristote


Dans le rêve, au milieu des paysages désolés du nord de la Grèce, se trouvent les restes monumentaux de la bibliothèque d’Aristote. Le bâtiment a survécu jusqu’à nos jours car les Ottomans ont élevé par-dessus une de leurs forteresses, enterrant les anciens manuscrits entreposés par les Byzantins. C’est aujourd’hui le lieu de fouilles intensives. Je m’y rends avec un groupe de journalistes. Après la visite, on me propose pour quelques drachmes de sponsoriser une excavation. Je choisis l’endroit, n’importe où dans le labyrinthe de couloirs, et des ouvriers ôtent le dallage, creusent, et si j’ai de la chance, extraient des livres de valeur, peut-être même des rouleaux remontant à l’antiquité. Certains lieux sont plus propices que d’autres. On me dit que tout est arrangé et que je me fais arnaquer. Pourtant, je ne résiste pas à la tentation. Les premières fouilles sont décevantes : pour l’essentiel des encyclopédies vieilles d’un siècle seulement. Mais alors que je m’apprête à abandonner, derrière des livres, je trouve un vieux portefeuille. Les personnes autour de moi haussent les épaules, à tord : c’est celui de Saint-Exupéry, qui avait séjourné dans la forteresse quelque temps dans les années 20, lors d’un raid aérien. De quoi rentabiliser largement mon investissement.

vendredi 18 avril 2008

Le rêve du film Z


Adolescent, je faisais partie d’une bande de nerds, vaguement grunge, qui se délectait de films Z. Le week-end, autant poussés par l’ennui que par une sorte de fascination pour le grotesque, on prenait nos mobylettes et on allait à la ville voisine en louer par paquets de quatre ou cinq. Le rêve se déroule à cette époque. On va en Lousiane, dans les bayous, aider au tournage de films de zombis. Des films très très amateurs, avec à la caméra deux frères. Les tournages ont lieu de nuit, autour de leur maison, en l’absence des parents. Tout le monde participe : nous bien sûr, mais aussi les copines ou l’éventuel petit frère ou petite soeur. Les effets spéciaux sont bricolés à partir d’abats et de pétards. Puis l’un des frères, le plus âgé, va répéter avec son groupe dans un coin aménagé, à la limite du marais. La prise de sa guitare est fichue, alors, comme il ne peut pas jouer, la répétition est annulée. On apprend plus tard qu’il s’est suicidé de frustration.

jeudi 17 avril 2008

En mythoscope


Deux nuits d'insomnie, deux nuits passées à lire Lovecraft et à visionner et revisionner Call of Cthulhu, l'adaptation culte -si j'ose dire- tournée en mythoscope. Enserré dans la couette, les membres pris dans le cocon, les yeux grands ouverts sur la pénombre, j'ai fixé des heures le rectangle noir de la porte entr'ouverte, terrifié à l'idée qu'au delà de ce seuil à la géométrie douteuse, quelque part, là-bas, un être incroyablement ancien se tenait accroupi et guettait. Oui, j'ai des nuits un peu particulières. Mais c'est le thème de ce blog, non ? Qui pourrait évoluer. J'ai vu à la FNAC une tablette graphique en promotion, que je songe à m'offrir sous peu -enfin, dès que j'aurai dégagé quelques thunes-, afin de démarrer un projet de webcomic qui me trotte dans la tête depuis longtemps. Comme je ne sais pas dessiner, je compte partir de captures de vieux films de SF (au charme rétro et... libres de droit !), retaillées pour entrer dans des strips. Qui formeraient alors une sorte de roman-photo déglingué. Un développement pharaonique des collages réalisés pour illustrer mes rêves. Immensément laborieux si je me cantonne à la souris. Mais on verra bien. On y est pas encore.


lundi 14 avril 2008

Le rêve du frère peintre


Mon frère et moi avons été enlevés par des extra-terrestres. C’est un tout autre rêve, et ces extra-terrestres ont plus à voir avec une jet set intergalactique qu’avec les petits-gris le plus souvent associés aux histoires d’enlèvement. On ne revient pas aujourd’hui, mais dans les années 70, chez nos parents. Quant au frère qui m’accompagne, je ne sais plus vraiment si c’est bien mon frère ou si c’est moi, dédoublé. Bref, depuis son retour, mon frère s’est mis dans la tête de devenir peintre. Il abandonne son travail au sein de l’entreprise familiale pour se consacrer à sa carrière. Ma réaction est très violente. Je n’aime pas ce qu’il fait, je le trouve trop basique, trop « art contemporain des années 70 ». Je le dis partout. Mais comme il est en phase avec son époque, il rencontre le succès, et ses toiles s’accumulent à la maison. Finalement, intoxiqué par mon jugement, il se décourage et déchire ses toiles. Je le regarde faire avec une joie mauvaise.

lundi 7 avril 2008

Le rêve de la fillette

Je suis chez un ami. Dans le rêve, il habite un petit pavillon, en campagne. Il a transformé son garage en salle télé. On est assis sur de grandes cuvettes de WCs, reconverties en fauteuils. On regarde un dessin animé de SF, pas vraiment passionnant, en discutant de choses et d’autres. Le dessin animé fini, j’ai la surprise de voir une fillette se lever en écartant les bras. Elle a de longs cheveux noirs ondulés et des yeux pétillants d’intelligence. Elle s’était enroulée dans une couette entre nous deux. Mon ami m’explique que c’est sa nièce, qu’il la garde jusqu’au soir. Au réveil, je me souviens : elle est décédée depuis déjà plusieurs mois…

dimanche 6 avril 2008

Un bout de bois se décomposant à la surface d'un océan noir

Depuis quelques temps, je me suis fait plus rare dans la notation de mes rêves. Il y a une raison à ça : je m’en souviens moins bien. Ma mémoire semble s’être dégradée pour une raison qui n’appartient qu’à elle ; et lorsque malgré tout, je me souviens quand même, j’ai moins envie de faire l’effort qu’implique la mise au propre. En plus, en ce moment, je suis malade. Je fais des rhinopharyngites à répétition, de la variété la plus agressive. Là, je profite d’une accalmie dans la fièvre pour écrire ce petit mot. Il suffit d’un peu de fièvre pour me faire perdre toute capacité de concentration ou de mémoire, c’est dire à quel point mon cerveau ne vaut pas grand’chose. Les rêves que je fais quand je suis malade sont un magma incohérent transpercé par des éclats de peur, de culpabilité, d’angoisse. Par exemple, je rêve que je loge chez un oncle et une tante, à l’étage. Une nuit, pris d’une terreur abjecte, je déboule de l’escalier. Pourquoi ? Et de quoi j’avais peur ? Je ne suis même pas certain de l’avoir su dans mon rêve. Mais la dégradation des rêves n’est pas le seul symptôme. Plus dangereusement, je sens que je me rapproche de ce précipice à côté duquel je marche tous les jours. Ou plutôt, à côté duquel je fais du surplace. Mon envie de vivre est très fragile : c’est plus une sorte d’habitude désespérée, maintenue à coup de cachets, qu’une véritable conviction. Un pote vient de se suicider. Une foule s’est déplacée pour l’enterrement ; il a causé une grande peine parmi les gens que je connais, et fait pleurer tout le monde. Ca m’a servi de leçon, quant au suicide. Un suicide c’est égoïste. Il y aura toujours quelqu’un à qui on fera de la peine, même si on a l’impression du contraire. Rien que mon chat. C’est un siamois. Je viens d’apprendre que les siamois étaient capables de se laisser dépérir s’ils ne voyaient plus leur maître, au bout d’une période assez courte. Petit enfoiré. Pourtant, je ne vois pas d’issue. Je ne peux pas me suicider, mais je ne peux pas vivre non plus. Je ne fais rien de mes journées. Je n’arrive pas à écrire. Pas de volonté. Écrire pourrait un jour me faire sortir la tête hors de l’eau, à défaut de me rendre millionnaire. Alors, je m’en empêche. Si je mange, c’est plus par boulimie névrotique (rigoureusement surveillée) que par réelle faim. Et je dors. Je dors pour fuir. C’est ma solution au dilemme. A moins que ça ne soit les cachets. J’ai essayé de me passer des cachets. En quelques jours je suis revenu à ce qui doit être mon état naturel. Je ne veux plus le revivre. Cette nuit, je me sens comme un bout de bois se décomposant à la surface d’un océan noir.

jeudi 3 avril 2008

Le rêve du manuscrit


Je vais passer quelques jours chez un ami écrivain et sa copine. Il insiste pour lire les quelques pages d’un roman que j’ai commencé à écrire, sur un flic confronté à des disparitions d’origine extra-terrestre, dans le New-York des années 50. On est dans sa chambre. Il annote mon manuscrit ; il trouve le début très bon, mais le reste vraiment nul. Il me dit, un peu gêné, que je perds mon temps avec l’écriture, que je n’ai pas le talent pour. De rage, incapable de parler, je m’empare de son stylo et j’écris sur la première page : TU M’AS DIT QUE JE N’AI AUCUN AVENIR FILS DE PUTE. Je vais dans le salon rassembler mes affaires. J’entends sa copine qui lui dit de ne pas s’en faire, que je suis un pauvre type.