jeudi 27 mars 2008

Le rêve de la princesse solitaire

Je suis vêtu comme au XVIIIème siècle, et un valet m’accompagne. Pourtant je dispose d’un appareil photo numérique. Je loge dans un château, vide à l’exception d’une belle et jeune princesse, la maîtresse des lieux. Peut-être a-t-elle des domestiques, mais il fait nuit. Dans la journée, je me suis promené à cheval dans la campagne. J’ai pris des photos d’arbres. L’appareil que j’utilise a le pouvoir de révéler les formes latentes dans l’écorce : elfes repliés en position fœtale, aux vastes ailes diaphanes ; corps surpris dans leur dernier instant, figés par les cendres d’une explosion volcanique, et que la brise effrite… Je me glisse dans la chambre de la princesse pour voler une photo d’elle dans son sommeil. Elle se réveille brusquement. Elle me demande de lui montrer les photos. Je mets l’appareil en mode diaporama. Les photos se succèdent très vite, comme un petit film d’animation stroboscopique. Puis en riant elle va chercher mon sexe, le sort, et entreprend de le couper avec un cutter, par petits coups. Curieusement, le sang ne gicle pas. Juste une coupure rouge bien nette. A mi-chemin je prends conscience de la situation et je lui dis d’arrêter. Je quitte le château en courant. Vu de l’extérieur, le château ressemble à celui de ma famille. Je traverse en battant des bras le pré en contrebas; la nuit m’engloutit.

Le rêve du chat


Encore un rêve de téléportation. Je me réveille un peu avant l’aube, paniqué car je n’y vois rien : panne de courant. La chambre, dans mon appartement, et ma chambre, chez mes parents, se confondent : je sais que je suis dans mon appartement seulement parce qu’il y a mon chat qui dort contre mes jambes. Il y a, sur ma gauche, un élément de ma chambre d’adolescent : un combiné radio-cassettes-cd posé sur un tabouret. J’entends des bruits, et la télé, très étouffée, en provenance de la cuisine, chez mes parents, comme à chaque fois qu’ils se lèvent. Je voudrais prendre le petit-déjeuner avec eux. Je me lève, le chat me suit. Je porte un pyjama. Dès que je passe la porte, je suis dans le couloir, chez mes parents. Je suis guidé par la lumière en provenance de leur chambre et de la cuisine. Ils échappent forcément à la panne de courant de mon appartement. Mon père est dans la cuisine, quant à ma mère elle est encore en train de se lever. Je vais la voir. Elle est ravie de cette surprise, elle me demande comment j’ai fait pour venir dans la nuit sans les prévenir. Je lui explique, je lui montre le chat occupé à tout sentir, en lui disant que c’est mon élément de repère, mon attache, qu’il me permettra de rentrer chez moi (dans le rêve, je pense au mot « clef »). Je ne suis qu’à moitié réel. Puisque la porte de ma chambre fait sas de téléportation, ma mère se dit que je repartirais bien avec quelques meubles qu’elle gardait pour me les donner. Dans une sorte de frénésie, devant la porte, elle empile tables basses et commodes, comme si elles n’avaient pas de poids. De beaux meubles art déco, c’est dommage que je n’aie pas de place dans mon appartement. Puis je prends le chat dans mes bras, et je rentre en réintégrant une sorte de moi spectral resté figé un peu après la porte.

dimanche 23 mars 2008

Le rêve du goulag


C’est le début du printemps, en Sibérie, dans les années 30. Il gèle encore le matin. Un cinéaste et sa femme ont été enfermés par les forces de progrès dans un camp de travail, sur ordre direct de Staline. Le camp est un grand bâtiment dont on restaure les murs de briques. Le cinéaste est grand, très maigre et affaibli, ses yeux trahissent une nostalgie abyssale. Une cigarette tordue dépasse de son écharpe. Sa femme est belle en dépit de ses yeux cernés, de magnifiques boucles blondes s’échappent de l’espace entre le col de son trench coat et son béret. Le couple erre dans la cave en compagnie d’autres prisonniers politiques. Ils attendent leur exécution. On appelle le cinéaste, pour qu’il monte. On lui laisse écrire une dernière lettre à sa femme, sur un pupitre d’écolier. Il la laisse blanche, se contente de signer. Un ouvrier lui demande de venir l’aider sur une plate-forme, en haut d’un mur. Il pousse un soupir, ce n’était que pour accomplir une corvée, finalement. Arrivé en haut, l’ouvrier le pousse. Au sol, un groupe se forme pour l’achever à coup de marteau. Une tristesse infinie s’abat sur l’ouvrier chargé de l’exécution. Il ne contrôle plus ses larmes. Le directeur du goulag est gêné, car l’opération devait rester discrète. Il envoie l’ouvrier à la cave.

vendredi 21 mars 2008

Le rêve du grenier

Une variante d’un rêve que j’ai déjà fait plusieurs fois. J’habite un appartement différend. Il n’a rien de particulier, c’est juste un autre appartement. J’ai faim. J’ouvre plusieurs plats tout prêts, bien au-delà de mes besoins, j’en laisse les trois-quarts dans une assiette, au frigo. Quelqu’un frappe à ma porte. C’est ma grand-mère. Je passe le seuil et instantanément, je suis dans sa maison. La porte du grenier et celle de mon appartement se confondent. Dans la vaste cuisine, baignée de la lumière d’un jour de printemps, il y a ma mère et deux de mes tantes. Elles sont contentes de me voir, mais s’étonnent de ma venue à l’improviste. Je suis venu par téléportation. Je ne reste pas. Je n’ai de toute façon pas pris mes affaires. On discute un moment. Le soir arrive. Il me faut repartir. Si le coup du grenier ne marche plus, je suis bon pour prendre le train. Mes craintes se confirment. Je monte dans le grenier. Il occupe l’intégralité de l’étage, abandonné depuis longtemps. C’est la caverne d’Ali Baba de mon enfance ; labyrinthique, poussiéreuse, riche d’un passé mystérieux. Apparemment, des touristes y logent. Près de l’escalier, un couple s’affronte à l’escrime, à l’aide de poutres. Il les manipule avec grâce, comme si elles n’avaient pas de poids. Je m’assoupis en regardant le duel. Je me réveille dans l’appartement du début du rêve.

mardi 18 mars 2008

Le rêve de la bombe


Je fais partie d’une organisation terroriste, dans les années 50, à Paris. Il est prévu que je me fasse sauter. Le rêve est dans les tons gris-clair. Je suis allé chercher la bombe dans une librairie que tient un contact. La librairie est spacieuse, elle occupe toute une maison ensoleillée. Le libraire a dissimulé la bombe dans un livre de poche. C’est un classique de l’âge d’or de la SF, l’œuvre d’un auteur américain. Le roman décrit les randonnées dans le désert d’un pilote chargé de faire s’abattre le feu nucléaire. Il court pour rattraper quoi ? Mais je ne veux pas mourir. Je suis un traître. Je me rends dans une planque des services secrets, au fond d’une cave à vin derrière un panneau coulissant. Un agent m’attend. Je dénonce le complot.

lundi 17 mars 2008

Le rêve du backstage

Je suis dans une petite ville qui monte à l’assaut d’une colline. Au sommet, il y a un terrain vague, avec de l’herbe et des arbres, sur lequel donnent d’anciennes fermes. Il y a plusieurs mois de ça, on y a dressé une scène pour un concert. On ne l’a toujours pas démontée car une partie du public la squatte encore; la mairie n’ose pas procéder à l’évacuation. J’y vais un soir par curiosité et pour voir une amie. Le backstage, surpeuplé, est occupé par des étudiants d’extrême-gauche, ainsi que par des groupes resserrés d’altermondialistes. Ils fument des joints, se font à manger sur des réchauds. Au fur et à mesure que je me fraie un chemin, je reçois des regards mauvais, des coups de coude, on cherche à me faire tomber. Je prends conscience de la haine paranoïaque des yeux fixes et brillants, de la violence difficilement contenue derrière la mollesse des gestes. Le sourire sanglant de l’innocence, quand par l’affirmation d’un idéal, on recherche l’abolition des barrières morales. Mon amie se précipite à mon secours, me prend par le bras et me fait sortir. Sous les étoiles, elle me dit de ne plus jamais revenir.

vendredi 14 mars 2008

La Porte des Rêves

... située dans l'Interzone ?

mardi 11 mars 2008

Le rêve de la princesse japonaise


Je suis assis en tailleur dans un dojo, en compagnie d’autres personnes. J’ai sur mes genoux le fac-similé d’un livre d’estampes, avec des espaces à remplir pour le texte. Le sensei possède le même livre, en japonais, qu’il traduit à voix haute. Au fur et à mesure qu’il lit, je note la traduction au feutre. Je calligraphie chaque mot, car je veux que mon exemplaire soit unique, je compte l’offrir à quelqu’un. Le livre raconte la légende d’une princesse dont le mari est parti à la guerre. La princesse se rend dans un temple au sol rouge, pour y danser le printemps et la sauvagerie des combats; jusqu’à ce qu’elle s’effondre, à bout de forces.

jeudi 6 mars 2008

Le rêve de l'émission télé


Je fais partie d’un groupe de personnes qui ont remporté, via un concours, le droit d’assister à l’émission Les Guignols de l’Info. Plusieurs jours d’affilée, depuis les coulisses. Sauf que je suis là par hasard et que j’ai pris la place d’une autre personne qui n’est pas venue. Je suis un peu perdu, je ne sais jamais où me mettre. Les coulisses sont labyrinthiques et encombrées : de câbles, de consoles, de gens pressés. Il faut constamment se tasser dans un coin, pour laisser passer un technicien ou éviter le champ d’une caméra. Je pars à la recherche de toilettes. Je parcours plusieurs étages d’un fouillis incroyable. Je traverse même une pièce éclairée à la bougie, qui remonte à l’époque où l’immeuble était un hôtel particulier. Une personne y dort, j’entends ses ronflements, mais elle demeure invisible. Pour le dernier jour, on doit se mettre sur son 31. Je m’habille anglais, je me sens fin et élégant. Le type que j’ai supplanté se pointe en pleine réunion de préparation, l’après-midi. Il demande ce qui se passe. Aïe.

Le dormeur ne doit pas se réveiller


Je me lève très tôt le matin. Je m’occupe du chat, je prends un petit-déjeuner qui se résume à une baguette de pain de campagne et un mug de café. Et puis, parfois, horrifié à la perspective d’une journée de plus à tirer, je me recouche… Mes rêves sont rarement agréables. Le plus souvent même, ils me dérangent terriblement. Pourtant, mes rêves ont une qualité que ma vie n’a pas : tout y est possible.

mardi 4 mars 2008

Deux rêves sur l'adolescence


Un magazine télé au format poche a décidé d’augmenter considérablement sa pagination de BDs. Il y a même des hors série assez épais, toujours en poche, qui offrent des intégrales. Il s’agit de BD franco-belge des années 70-80, comme Gaston Lagaffe ou les Schtroumpfs. Plusieurs petits rêves sont consacrés à la lecture de séries imaginaires. Un ancien rêve médiéval fait même sa réapparition sous forme de BD. Je suis de nouveau adolescent, je vis chez mes parents ; je décide d’acheter le magazine plusieurs semaines de suite ainsi que des hors série. Je les montre à ma mère. Enfin quelque chose que je peux lui montrer. Non seulement manifeste-t-elle de l’indifférence, mais elle avait justement besoin d’un exemplaire pour réaliser un gratin. C’est-à-dire qu’elle prend le magazine, qu’elle le met dans un plat, qu’elle le recouvre de fromage et qu’elle le met au four…

Dans le rêve, j’ai une sœur. Le rêve se passe essentiellement dans ma chambre d’adolescent, chez mes parents. Ma sœur se passionne pour le catholicisme. Elle se laisse embobiner par un vague prêtre aux idées sectaires. Elle veut devenir nonne. De jeune et belle, elle devient petite et grosse, à la peau jaunâtre. Elle continue de se tasser, tout en se transformant en insecte. Une mante religieuse blanche et bleue. Chitineuse, replète. J’essaie de la convaincre d’arrêter avant qu’il ne soit trop tard, mais elle refuse d’entendre quoi que ce soit. Je l’écrase entre les pages d’un livre. Puis avec un briquet, je brûle les posters de ma chambre, à même le mur : ils me lançaient des regards maléfiques.