mercredi 2 juillet 2008

Le rêve du temple perdu d'Akhénaton

Je fais partie d’une équipe d’archéologues britanniques, dans les années 20, en Egypte. Nous sommes quatre. L’autorité appartient au plus âgé, érudit au visage en lame de couteau. Il ne s’entend pas très bien avec son subordonné, un jeune professeur à l’allure virile de héros de serial, qu’il trouve trop impulsif. La femme de ce dernier nous accompagne, elle aussi travaille à l’université. Des casques coloniaux complètent nos tenues kaki. On conduit les camions de l’expédition. Nous laissons une longue traîne dans ce désert crépusculaire, entre le sol poudreux et le ciel du même brun terne. Il n’y a pas de vent à proprement parler, juste des mouvements d’air nerveux, lourds d’une tempête de sable. Laquelle ne tarde pas à éclater, nous dispersant. Mon camion suit celui du couple. On sort en courant trouver refuge au pied de rochers noirs, tourmentés par des millénaires d’abrasion : les bourrasques ont déblayé l’entrée d’une grotte. Des inscriptions en démotique veinent ses parois. Nous progressons plus avant, pour déboucher sur une salle dont l’immensité se laisse deviner entre les rais d’une lumière ténue, tombant depuis des failles dans le plafond. Séparés par l’obscurité, des îlots de hiéroglyphes racontent, à l’étonnement du jeune professeur, des passages qui figurent à peine déformés dans l’Ancien Testament. Sur une paroi, en face de l’ancienne entrée comblée par le sable, une autre énigme : on a gravé en grec un hymne au soleil remontant au monothéisme d’Akhénaton. Au sein des mots les lettres ont une disposition verticale curieuse, comme si le lapidaire, ne connaissant rien au grec, avait suivi l’ordre d’écriture d’un hiéroglyphe. Le lendemain, une équipe de secours dirigée par le vieux professeur nous libère. En quête d’informations sur cette découverte, nous nous rendons à Louxor. Orthographié « Luksor ». Le lieu du rêve ne ressemble en rien au site tel qu’on le connaît. C’est une petite ville arabe construite sur les ruines d’une ancienne bibliothèque, plus ancienne et plus vaste que la bibliothèque d’Alexandrie. Les colonnes obèses des anciennes salles hypostyles gisent, de travers ou renversées, sur des centaines de mètres au-delà des maisons, formant un faubourg mégalithique d’une tristesse infinie. Il n’y a qu’à se baisser pour récupérer des livres, certes en miettes ou peu s’en faut, mais dont le papyrus a été préservé par le climat sec du désert. Les enfants du pays fouillent les ruines en petits groupes, pour ensuite les revendre aux touristes. Chez un bouquiniste, en parcourant au péril de s’étouffer des rayonnages aussi labyrinthiques que surchargés, nous trouvons des références au temple perdu. Il nous faut rentrer à Londres pour planifier des fouilles. De retour, après des mois passés à batailler pour les crédits, nous découvrons horrifiés que les Japonais ont été plus rapides et en ont profité pour restaurer le temple perdu d’Akhénaton à la manière shinto, avec plein de petits autels à offrande et des guirlandes de papier torsadé. L’ensemble comprend même un bâtiment pour les chercheurs. Dégoûté, furieux, je me mets à tout arracher.