vendredi 30 novembre 2007

Le rêve des plate-formes


Un grand magasin, vraiment gigantesque. En fait, une coquille, il n’y a pas d’étages, les rayonnages montent jusqu’au plafond comme dans un entrepôt. On s’y déplace grâce à un système de plate-formes mobiles ; l’ensemble forme une sorte de puzzle mécanique en trois dimensions, car les rayons sont des cubes à la disposition aléatoire. Tout bouge constamment. Le soir les employés peuvent rester après la fermeture, officiellement pour finir du travail, continuer à déplacer du stock, mais en réalité ils en profitent pour se servir et la fauche est massive. J’ai un ami qui travaille là-bas. Il veut me montrer comment ça se passe. Je lui cause de mon spleen, pour me consoler il m’offre un sandwich qu’il vient de piquer, ainsi que tout un tas de trucs rangés dans une grande poche blanche. De rage je jette toutes les affaires dans un rayon. Je n’arrive à rien faire de ma vie, je suis trop nul. La plate-forme continue de se déplacer et le rayon devient inaccessible. J’essaie de les récupérer, mais mon ami refuse de m’accompagner et je me perds. Plus tard, en croisant un de ses collègues, j’apprends qu’il sait très bien où sont les affaires et pourrait m’y conduire, mais qu’il ne le fera que si j’écris un roman. Je finis par les retrouver par hasard et je sors du magasin, avec le sentiment d’y avoir oublié quelque chose.

jeudi 29 novembre 2007

Le rêve des chiens transgéniques



Une crise économique mondiale dégénère, c’est le chaos, la famine. Les militaires prennent le pouvoir dans l’indifférence générale. Je travaille pour une boîte de production audiovisuelle. Je me rends à Londres pour la promotion de son dernier dessin animé ; le dernier dessin animé tout court, d’ailleurs. Les rares spectateurs le savent, ils accueillent avec une émotion intense la métaphore de deux enfants se tuant en faisant de la luge par un hiver implacable. Je rentre en France. Au journal de 20h le présentateur annonce qu’en Syrie il ne restait plus que 30 000 habitants avant qu’une énième révolution n’en réduise encore le nombre. Il poursuit sur les conflits qui se multiplient. Les gens se massacrent pour la nourriture. Un boucher tue tous ses clients, les découpe, les mange, avant de couper en rondelles son avant-bras gauche. En Norvège, la pêche d’un thon suscite une fête populaire qui dégénère : celui chargé de le découper, qui s’était greffé une lame à l’emplacement de sa main, devient fou et se précipite dans la foule en moulinant. Des enfants de six ans préfèrent mourir tout de suite au volant de karts, lors de duels sauvages. Il règne une grande désolation. Il ne reste plus que moi, et les résultats d’une expérience que j’ai logés dans une maison qui a échappé aux destructions. L’humanité s’est éteinte, mais il en survivra un peu dans les gènes de chiens qui montrent déjà les signes de leur hybridation.

mercredi 28 novembre 2007

Appareil de télévision

Il y a chez moi une télé. J'ai un goût douteux pour le baroque, en matière de décoration. Elle est carrée, noire, elle a une bouche qui sert à enregistrer des trucs sur une bande magnétique. Une bande ! C’est dingue. Si jamais l’un des moteurs dérape, la bande peut se tordre, rester coincée, se dévider comme un mouchoir d’illusionniste. J’arrive à peine à croire que je l’ai vécu, que pendant un moment de ma vie d’adulte j’ai été contemporain d’une technologie aussi ostensiblement archaïque… Ne parlons même pas du tube cathodique : des radiations qui traversent le vide afin de percuter une plaque en verre ! Et du verre épais, ça pèse une tonne ! Ca peut exploser un truc pareil. Le principe me fait penser à un gadget de Sf rétro, comme on en trouvait dans les magazines pulp, mais qui aurait mal tourné et se serait fait la belle. De temps à autre j’appuie sur un bouton afin de vérifier son état de fonctionnement. Il y a des images, pas super bien définies, et du son aussi. Quelque part, un phénomène physique inconnu, ou peut-être une aurore boréale, réverbère la propagande naïve que regardaient nos ancêtres. Je voyage dans le temps. On m’a affirmé que des types dans leur coin persistaient à balancer des ondes hertziennes pour ce genre de machine ; j’espère bien que non, à forte dose ces ondes doivent être cancérigènes, avec un nom pareil.

mardi 27 novembre 2007

Le rêve du pistolero


Le rêve commence dans le far-west, la nuit. Je suis dans un saloon en compagnie d’un pistolero, j’attends un train. Le pistolero est très grand et mince, il est vêtu de noir et porte quatre revolvers. On est les deux seuls êtres humains de la ville fantôme. Elle s'appelle Eurêka. Le train, un vieux train à vapeur, noir et crachant une fumée épaisse, tordue, m’amène dans une Autriche-Hongrie survolée par de magnifiques dirigeables art-déco. Le train emprunte des montagnes russes vertigineuses. De nouveau la nuit et le désert. Une colonie de vacances. Je revis mon adolescence, l’humiliation, le mépris… Le lendemain, en voyage scolaire, on visite une cathédrale espagnole. Je suis un alien.

lundi 26 novembre 2007

Le rêve de la tornade



S. m’a invité à un week-end dans le milieu des jeunes scientifiques. Il y a J. aussi. On occupe une maison de vacances comme il s’en trouve dans les Landes : blanche, assez haute, toits pointus. Impression qu’elle est plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur, à cause de son agencement. On prend l’apéritif dehors. Ils appartiennent tous à une chorale, le soir ils doivent répéter une messe de requiem. S. me met en garde, une tempête se dirige vers nous. Il évoque « de lourds nuages noirs ». J’assiste à la répétition, ils se sont tous mis contre la balustrade de l’escalier central, qui fait une spirale. Puis je m’absente pour aller dans ma chambre. Là, je vois de lourds nuages noirs, très lourds, qui arrivent vers nous et enflent. Ils se boursouflent en formant des replis malsains, comme doués d’une vie propre, traversés par des phosphorescences bleuâtres sublimes. Le centre de la masse tombe comme une tour de refroidissement inversée ; c’est une tornade large, puissante. Il y a des changements de pression de l’air terribles, je les sens à la fenêtre en simple vitrage qui menace d’exploser. Je mets mes bras devant la figure.

mardi 20 novembre 2007

Le rêve de la médaille coupée en deux

Un personnage, moi en enfant idéalisé, est transporteur d’antiquités précieuses. Il doit livrer un as d’or de Néron, une médaille coupée en deux figurant un visage qui hurle. Sur le parking d’un centre de tri, il perd la pièce. Des saltimbanques l’aident à la chercher. C’est une troupe de cirque habillée en noir qui fait des numéros de plein air. Il y a des géants, des nains, des mediums qui peuvent faire perdre le sens de l’orientation. Le soir, sous un chapiteau, des derviches accrochés à d’énormes ballons d’hélium multicolores exécutent leur danse tournante la tête en bas. Les saltimbanques s’aperçoivent que le livreur a un don : il peut faire apparaître n’importe quel objet, dans une caissette contenant du sable venant d’une plage. Pourvu que l’objet ait un visage hurlant. Il n’y a qu’un seul objet qu’il ne peut pas invoquer: l’as d’or, précisément ! Des membres de la troupe lui proposent d’en faire un numéro, qui est tout de suite un immense succès. Il pourrait faire partie du cirque, mais il reste inconsolable, et continue de chercher sous les camions.

tatoo

Le requin-marteau m'obsède. Depuis que j'ai vu ce tatouage polynésien, j'ai envie de l'avoir, moi aussi, sur la peau. Les requins ne s'arrêtent jamais de nager, même quand ils dorment, sinon ils s'étouffent.